BELGIQUE

Engager du personnel plus agé est il avantageux? Excellente interview du Professeur nele De Cuyper

En quoi engager du personnel plus âgé est-il avantageux ?

"Le fait que les personnes âgées de plus de 55 ans devraient moins travailler est un mythe" (Nele Le Cuyper, professeur en psychologie du personnel à l'Université Catholique de Louvain).

Nous devrons tous travailler plus longtemps, c’est un fait.
Ne serait-il pas temps d’oublier l’image du travailleur d’un certain âge à bout de souffle et de mettre sous les projecteurs la valeur ajoutée des employés de plus de 55 ans ? Nous avons rencontré Nele De Cuyper, professeur en psychologie du personnel à l'Université de Louvain. Elle nous illustra l’exemple concret de deux travailleurs.

Les chiffres ne mentent pas. Si vous comparez le taux d'activité d’un Belge de plus de 55 ans (45%) avec celui d’un Suédois (80%), vous constaterez que quelque chose ne va pas avec notre politique de l'emploi au niveau des travailleurs d’un certain âge. "Nous ne pouvons pas nier que, en Belgique, nous avons une culture de sortie précoce du marché de l’emploi. Combien de fois n’entend-on pas des gens dire : 'quand est-ce que vous pourrez prendre votre retraite ?'", déclare le professeur Nele De Cuyper.

Dans les pays scandinaves, le nombre de retraites prises à 55 ans est particulièrement bas.
"Il faut tout de même préciser que, pendant leur carrière, les employés des pays nordiques ont beaucoup plus l’occasion de reprendre leur souffle", constate Nele De Cuyper. "Profiter de la vie n’est pas quelque chose qu'ils attendent à tout prix jusqu'à leur retraite. Ils ont le temps de le faire au cours de leur carrière. Le résultat est qu'ils travaillent jusqu’à un certain âge non pas parce qu’ils doivent mais parce qu’ils le souhaitent."

Les mythes autour des 55+

Dans notre société actuelle, l'âge est trop rapidement associé à une diminution de la productivité.
Le professeur De Cuyper explique ce que des études disent à ce sujet. "Le fait que les personnes de plus de 55 ans seraient moins productives est un mythe", conclut-elle.

S'il devait y avoir une différence au niveau de la performance mentale, celle-ci serait compensée par l’expérience acquise par la personne au fil des années. "Le stéréotype persistant que les travailleurs âgés ne veulent plus rien apprendre est tout à fait incorrect. Ils s’informent d’une autre manière, sans doute moins formelle, mais font bel et bien des efforts pour rester en phase avec la société technologique actuelle."

A bas les clichés

Avec l'âge, nos objectifs changent. Cela a se passe-t-il aussi sur le lieu de travail ?
"Des études montrent que les travailleurs âgés sont beaucoup plus stimulés par les relations socio-émotionnelles que par leur carrière. Un environnement de travail positif est bien plus apprécié qu'une promotion", remarque le professeur.

Ce qui la frappe est que les travailleurs d’un certain âge aiment transmettre leurs expériences et ont l’esprit orienté sur la sécurité. "Je pense par exemple à un électricien à qui l’on donne le rôle de coach. Grâce à son expérience, il sera bien placé pour expliquer les mesures de sécurité à ses collègues ainsi que la manière dont ils doivent se comporter pour satisfaire les clients.
Un autre exemple est celui d’une organisation où les pompiers d’un certain âge sont utilisés comme agents de sécurité. De cette manière, vous valorisez les qualités de vos travailleurs âgés de plus de 55 ans."

Les 55+ et la sécurité : la maturité en tant qu'atout

Un secteur dans lequel on apprécie la maturité des 55+ est celui de la sécurité. Geert Conings, directeur du recrutement et du développement au sein du cabinet de sécurité G4S à Vilvoorde, nous explique comment cela se passe. "Leur choix d'emploi est souvent délibéré et basé sur le long terme. L'expérience dont ils bénéficient est sans aucun doute un plus. Si une personne est réticente à l’idée qu’on examine le contenu de son sac à dos, le tact et l’expérience d'un gardien de sécurité expérimenté sont plus que bienvenues."

Mais la médaille a-t-elle un revers ? Est-il suffisamment rentable pour une entreprise d’investir dans des travailleurs âgés de plus de 55 ans ?
"Dans de nombreux cas, un âge mûr apporte avec lui une certaine dose de sagesse. Souvent, les personnes plus âgées savent bien faire la distinction entre ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas", affirme Geert Conings. "Certes, j’admets que la formation d’un travailleur plus âgé prendra généralement plus de temps que celle d’un jeune diplômé mais il ne faut pas en faire une généralité. Après tout, l’âge n'est qu’un numéro.
Un 49+ d’aujourd’hui est un 50+ de demain."

Les 55+ et l’immobilier : les cheveux gris font confiance

Jan Vanonckelen, directeur général d’Immo Diest, admet avoir dû revoir certains stéréotypes au sujet des 55+. "C’est en engageant moi-même des personnes d'un âge mûr que je suis venu à la conclusion que certains préjugés n’étaient tout simplement pas vrais", explique-t-il.
"Oubliez déjà que les personnes âgées coûtent automatiquement plus cher. Pour elles, l’argent n'est pas l'élément qui a le plus d’importance."

Un autre argument décisif est qu'ils ne sont pas à jour en matière de nouveaux médias. "De fait, ils ont moins facile que les plus jeunes générations mais je constate que, au sein de nos équipes, les jeunes travailleurs partagent spontanément leurs connaissances en nouveaux médias avec leurs homologues plus âgés", affirme Jan Vanonckelen. "D'ailleurs, étant moi-même âgé de plus de 55 ans, je considère les cheveux gris comme un atout.

En communiquant, les personnes âgées montrent qu’elles ont un certain vécu et font part de leurs expériences. Elles véhiculent une sorte de confiance.

Si vous parvenez à consolider le tout avec un contenu de fonction intéressant, vous pouvez être sûr que votre relation avec vos clients sera bonne."

(eh/jy)

Remerciements à Jobat.be qui a publié cette interview.

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