Réactions de SeniorFlex

 

C’est avec attention que nous avons suivi cette interview éditée dans Trend Tendances du 11 février 2010, car l’intervenant est de qualité et le sujet est une des facettes du thème pour lequel SeniorFlex se bat depuis plus de 7 ans.
En première lecture, il nous semble que Michel Jadot raisonne juste, mais conclut faux !

 

·         Il s’agit de considérer notre système complexe de pensions, leur avenir et leur financement,  à commencer par la pension légale, puis les pensions complémentaires. Mais aussi de réfléchir sur la place des personnes âgées dans notre société.

·         La Conférence nationale des Pensions correspond à une prise de conscience très tardive de l’existence du problème en Belgique. Tous les autres pays de l’OCDE ont saisi l’urgence, et trouvé des solutions au vieillissement de la population, et certains les ont mis en application. Nous avons un sérieux problème, et surtout nous devons trouver très rapidement des solutions, sans tabous ni blocages, ni report à plus tard.

·         S’agissant d’un problème de société, il n’est pas isolé mais transversal, touchant à l’ensemble des sujets sociétaux. Il faut donc l’aborder avec une vision plus globale du vieillissement de la population. Entre autres, le problème des pensions est lié au problème de l’âge légal de mise en retraite ainsi que de l’âge réel de départ, de l’emploi, du traitement du chômage et du traitement de la discrimination par l’âge.

 

Il y a une pression budgétaire importante due au vieillissement de la population.
Mais c’était prévisible et cela fait 7 ans que SeniorFlex le dénonce, sans que nos politiques s’en émeuvent. Moins de jeunes actifs, plus d’anciens bénéficiaires, et  pendant plus longtemps.

 

Rappel : Les recommandations Européennes

1. Mettre plus d’argent de côté : mais le budget est en lourd déficit, par suite de la crise.

2. Réformer les pensions.

Mais le taux de remplacement (rapport des pensions au revenu moyen belge)  n’est déjà que de 31%, donc plus bas qu’ailleurs. Il faudrait au contraire augmenter les pensions légales.
Faut-il trouver un second niveau de cotisations et de revenus obligatoire pour tous ? Alors que les pensions actuelles du premier pilier sont insuffisantes et leur financement en danger?.

Pensions légales : Lesquelles, pourquoi, et comment trouver le financement ?

Historiquement, les pensions de fonctionnaires sont  moins dramatiquement basses  que celles des salariés et surtout celles des indépendants. Avant de corriger celles des fonctionnaires, il faudrait voir à remonter celles qui débouchent sur la misère.

 

3. Garder les gens plus longtemps au travail.  Oui, mais Comment ?

 

"Relever l’âge de la pension légale n’a pas de sens, parce que, faute de traitement de la discrimination par l’âge, on aurait plus de prépensionnés, de chômeurs de longue durée et de travailleurs âgés en congés de maladie "

Nous somme flattés de voir monsieur Jadot prendre référence à la formulation SeniorFlex : «On est senior de plus en plus tôt et vieillard de plus en plus tard… et vieux de plus en plus longtemps ».

D’où la nécessité de gérer et financer les conséquences de ce vieillissement (durée de carrière active, discrimination,  pensions insuffisantes  pour financer les soins médicaux, maison d’accueil, dépendance,  etc)


Nombre de pays ont choisi d’augmenter l’âge légal de départ à la retraite.

Monsieur Jadot dit que cela n’a pas de sens. C’est vrai et faux à la fois.


Vrai,  car si nous sommes incapables de donner du travail à nos seniors au moins jusqu’à l’âge légal actuel de la retraite, il est parait inefficace d’augmenter cet âge légal.

 

Faux, parce que si nous vivons en bonne santé de plus en plus vieux, il est normal de travailler plus longtemps pour financer cet accroissement du nombre d’années de pension.

Il faut qu'on se fasse à cette idée.
Mais repousser cette échéance, de 65 a 67 ans par exemple,  entraine aussi une autre appréciation pour les entreprises du retour sur investissement qu’elles pourraient faire sur des salariés de 50 ans et plus, ne serait-ce que sur le plan formation. L’employabilité en serait accrue et donc l’âge effectif de départ en retraite pourrait être augmenté.

Reculer l’âge légal serait un signal fort, un symbole directionnel pour changer les mentalités et  préparer les gens à prendre leur carrière et leur sort  en charge. En outre, il faudrait supprimer les obstacles actuels (et ils sont nombreux) à la continuation d’activité au-delà de cet âge légal, car tout le monde n’est pas vieillard et assisté social dépendant, à 67 ans non plus !

 

"Garder de force les gens au travail n’est pas une solution, mais augmenter de 3 années, d’ici à 2030, le départ moyen réel en retraite, serait une idée politiquement plus acceptable."

Nous approuvons totalement l’appréciation portée sur le terme « pré-pension ».
En effet, cela entraine l’idée que le retour au travail est définitivement exclu.
Le plan national (Activa ?) prévoyant des incitations ne marche pas ? Normal, rien n’a été fait pour entrainer les entreprises dans cette voie.
Monsieur Jadot dit qu’il faudrait presque obliger les entreprises à garder leur seniors.
Pourquoi ne pas essayer  de les convaincre de leur valeur, en termes de compétences et de transmission de savoir-faire ?? C’est cela, le changement de mentalités nécessaire.

La France vient de le faire, avec son Plan de gestion des seniors, applicable à toutes les entreprises avec pénalités à la clef. Signal fort du Gouvernement français. Même si les entreprises françaises trouvent des échappatoires, et il y en a, elles se sont enfin préoccupées de leurs seniors, de leur employabilité, et commencent à se rendre compte de l’importance des compétences des seniors, mémoire des savoir- faire et tuteur apprécié des jeunes, une autre forme du patrimoine culturel de l’entreprise.
La mise en évidence des bonnes pratiques crée un courant entrainant les autres entreprises et redonne courage aux seniors qui se disent : mais oui, on peut encore trouver du travail à 55 ans !

 Insidieusement ,
le problème des pensions déborde sur le problème de l’emploi, puisqu’on est considéré comme senior de plus en plus tôt et que les départs de l’entreprise se font bien avant l’âge légal de la pension.
Oui, monsieur Jadot, certains continuent à s’accrocher à l’idée que le travail d’un senior prend le travail d’un jeune et malheureusement il n’y a pas seulement  les syndicats, certains politiques aussi ! Plus personne ne croit ces poncifs ...sauf la Belgique qui fait semblant de le croire.
Vous avez raison, ceci est totalement faux.
Tous les pays voisins qui ont fait l’expérience, l’ont démontré dans les faits. L’intergénérationnel a une action positive et créatrice
,  tout en donnant aux salariés âgés la possibilité d’être reconnus et de garder leur travail, il permet aux jeunes de s’intégrer plus rapidement dans l’entreprise et d’être plus vite opérationnels et rentables. Par ailleurs, cette mixité d’âge permet la mise en commun de tous les atouts et est génératrice d’innovation, notamment pour la résolution de problèmes... 

Quant à la suppression des plafonds avant 65 ans, monsieur Jadot dit : oui, c’est important, mais les syndicats ne veulent pas,  et moi je refuse de le faire.
Incohérence !
Comme nous, vous signalez la faiblesse des pensions des salariés, des indépendants (sans oublier les pensions mixtes dont le cas est encore plus injuste) et le fait que nombre de retraités sont dans la misère, mais pour des raisons non exprimées (idéologiques ??) vous leur interdisez de travailler pour améliorer leur situation (les plafonds étant ridiculement bas, et barrant la route du travail remunérateur, quel que soit le montant de la pension.).

C’est inacceptable.  Où est la liberté du travail ?
C’est sacrifier le bien-être des citoyens concernés, c’est entraver la compétitivité du pays et en conséquence,  celle du budget social,  pour un préjugé que vous reconnaissez comme totalement faux. Ce n’est plus le moment, il faut convaincre les syndicats d’abandonner leurs idées fixes et d’essayer d’être constructifs et prendre des mesures comme des dispositions de formation et de tutorat, qui rendraient ce travail possible.

 

NB: La pension légale n'est pas une assurance, ni une générosité de l'Etat. C'est le paiement d'un salaire différé, prélevé sous forme de cotisations obligatoires tout au long de la carrière , et sous la garantie de l'Etat que ces montants, individualisés et comptabilisés, seront versés sous forme de pension légale à 65 ans.
De quel droit y ajoute-t-on la condition de renoncer à tout travail lucratif ?


L’Etat doit prendre position, communiquer clairement et avec force pour changer les mentalités, revaloriser les compétences et la richesse de l’expérience, supprimer les interdits et veiller à adapter les conditions de travail faites aux seniors.
La pénurie de compétences et de main d’œuvre s’annonce, par suite de la diminution du nombre de jeunes entrants, face à l’éviction des papy- boomers,  il y a urgence !
Il faut prendre sérieusement le problème à bras le corps, des mesurettes par-ci par- là n’y changeront rien.

 

Va-t-on supprimer les prépensions ? L’Europe le recommande.

"Difficile, car les syndicats les soutiennent et ça arrange certaines entreprises."
Et alors ? Il faut remettre les choses à plat !

Ici encore, le problème n’est pas dans les prépensions, mais dans la discrimination par l’âge qui les provoque ! Il faut considérer l’emploi sous l’angle des compétences, et de la formation continue.
Oui, mais les prépensionnés sont vraiment mis hors circuit - comme des pensionnés,-  puisqu’ils ne retrouveront pas de travail sur un marché qui les rejette. De plus il leur est interdit de travailler en gardant leur prépension, et les entreprises les considèrent comme inemployables et refusent de les engager .
Il faut absolument faire cesser la discrimination à l’embauche !
Changer les mentalités.

Mettre en place la Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) qui valoriserait les expériences de terrain et le savoir- faire acquis.

Assouplir les conditions de travail et  la mobilité (flexicurité) qui multiplierait les chances et la diversité des formes d’activité, mais cela suppose  une réforme de l’ensemble de l’organisation du travail, des relations employé- employeur, et  pas seulement du domaine des pensions.

 

Financement :

- Nous approuvons le jugement porté sur le Fond de vieillissement.
Il n’est pas réaliste et n’est que poudre aux yeux des électeurs.
D’ailleurs il est vide, et n’offre pas une solution pour le financement des pensions légales !
-" Relever les taux d’activité (comment ?
) ne suffira pas, il faut relever les cotisations de  pension, peut être pas pour les entreprises, mais sans doute pour les travailleurs, "
Fausse solution.  
Il va y avoir encore moins de jeunes actifs, et les seniors sont déjà hors circuit.
Trop d’impôt tue l’impôt. Trop de cotisations tuera le travail en blanc et augmentera le travail en noir.

- "Supprimer la déductibilité fiscale de l’épargne pension" est un non-sens total, pénalisant les épargnants, pour aider au financement de la pension légale ???

- "Je refuse de mettre en cause la pension des fonctionnaires" dit M. Jadot, "même s’ils reçoivent une pension plus élevée",.
Pourtant ils ont  une carrière différente (pas de chômage, pas de licenciement, pension obligatoire à 65 ans.) Le calcul de leur pension se fait sur base d’un pourcentage (75% des 5 derniers traitements annuels), et non sur les traitements réels  (et plafonnés ?) de toute une carrière de 40 ans.


Il nous est apparu que la pension mensuelle maximum d’un fonctionnaire s’élevait à  5.805,25 € bruts par mois, bien que ce renseignement ne soit pas facile à trouver…

A comparer au maximum mensuel  brut d’une carrière complète de salarié (1.840.32€ bruts…) et d’une carrière d’indépendant (1.059,59 € bruts par mois …    ) c’est difficilement publiable en effet !

Il y a là un problème d’équité de traitement du citoyen.


Ce n’est pas le moment d’avoir des tabous, il s’agit de la Sécurité Sociale de tous les Belges.

Les pensions de tous les secteurs sont du salaire différé, confié à l’Etat sous forme de cotisations obligatoires pendant toute la carrière active, avec la garantie de reversement sous forme d’une pension individualisée à 65 ans !

Si, à la Conférence Nationale des Pensions, on ne peut pas regarder objectivement les systèmes existants , où le fera-t-on jamais !?

 

 Il n’est plus temps de reporter les décisions, ou de mettre des rustines par ci et par là ! Il s’agit de sauver un système miné qui menace de s’écrouler maintenant.

Ayons donc le courage nécessaire pour couper dans le vif, si c’est indispensable, au lieu de continuer à aller droit dans le mur, sans rien faire, faute de  consensus général, comme on rétorquait  déjà à SeniorFlex en 2003 !
L’enjeu concerne toute la population : les jeunes, qui deviendront vieux, et les vieux, qu’ils désirent travailler ou pas !
Si cette Conférence parvient à réveiller la Belgique de la léthargie mortelle qui menace tout son système, elle aura au moins servi de réveil-matin !

 

Seniorflex propose des actions volontaristes qui demandent du courage politique.
Actuellement, dans trois mois, nous aurons un livre vert, puis un livre blanc puis peut-être, des décisions politiques.

Que de temps perdu ! Quand on sait que les résultats d’une décision politique ne se voient qu’un an après, et que ce problème existe depuis 10 ans !

Que de temps perdu, au détriment de la compétitivité de la nation, et au détriment des citoyens eux- mêmes.
Il est temps de comprendre que l’activité des seniors, et le problème des  retraites est un défi transversal, qui concerne plusieurs ministères, travaillant impérativement en coordination et synergie. Contrairement à ce qui est affirmé, c’est  un réel schéma de rupture qu’il faut mettre en place.

 

Mais pour cela, il faut un leader et un réel courage politique !

 

 SeniorFlex demande à tous, de soutenir son action de porte parole, 
et d'adhérer à ses objectifs en se faisant membre de l'asbl,
via le site
www.seniorflex.org
.