La vvoix du Nord
mardi 28.07.2009, 04:45

Pour Dino Chakoub, seules les lois peuvent changer les mentalités en matière de discrimination.

Dino Chakoub est consultant. Après avoir été directeur des ressources humaines dans un grand groupe, il a décidé de monter son propre cabinet de recrutement, à Haubourdin. Sa particularité : la diversité.

Recruter une femme ? Elle va se mettre en congé maternité !
Un Arabe ? Les clients ne voudront pas...
Un senior ? Il va bientôt partir à la retraite, il ne sera pas assez motivé.
« Ce sont des choses que j'ai entendues. Pas ouvertement, mais dans les cabinets de recrutement, ça se dit. »

Des « réflexes inconscients  » que Dino Chakoub, 41 ans, a décidé de combattre.
Ex-directeur des ressources humaines (DRH) dans un grand groupe, il a claqué la porte en 2008 pour se mettre à son compte.
Et le nom de son cabinet de recrutement veut tout dire : « Compétences et diversité ».
« Ce n'est pas la diversité pour la diversité. Je regarde d'abord les compétences et si aucune personne issue des minorités ne correspond au profil, je ne la présenterai pas.  »
Dino Chakoub ne se définit pas comme un révolté mais dit ressentir « un léger sentiment d'injustice ».
Pas pour lui-même. « Je n'ai pas le parcours des gens que j'essaye d'intégrer de force. Ces immigrés de deuxième ou troisième générations, diplômés, mais qui ne trouvent pas de boulot.  »
Né à Casablanca, il est arrivé à Lille à 19 ans. Après un bac au lycée français, il entreprend des études de juriste. « J'ai eu les même problèmes que n'importe quel Français après une maîtrise, mais je n'ai pas envoyé 500 lettres sans décrocher un seul entretien.
Et quand je n'étais pas pris, je me disais que c'était parce que j'avais raté l'entretien ou qu'il y avait meilleur que moi.
 »
Le « léger sentiment d'injustice » est né plus tard. « Dans le groupe dans lequel je travaillais, j'étais le seul membre du comité directeur issu de la diversité. Sur 2 200 salariés. »
Les CV anonymes ? « Je n'y crois pas. Il faut changer les mentalités et il faut des lois  », explique ce partisan de la discrimination positive.

Et la loi justement, c'est un des arguments de Dino Chakoub pour proposer des formations aux entreprises.
« J'ai créé une formation sur la diversité. La première partie, c'est l'aspect légal et la deuxième partie, c'est une mise en situation au travers de jeux de rôles. »

Peur des sanctions

Pourquoi les entreprises investissent-elles dans ce type de formation ? Par philanthropie ?
« D'abord, j'essaie de parler à leur intelligence : si votre entreprise reflète la société, ressemble à vos clients, c'est mieux.
Ensuite, ils ont aussi peur des sanctions. Par exemple, l'amende pour le non-respect du quota de travailleurs handicapés va augmenter en 2010 et une nouvelle amende sur l'emploi des seniors va être mise en place... Pourquoi pas une sur la diversité (ethnique) ?
 » Un argument financier auquel les entreprises semblent être plus sensibles que les simples valeurs humanistes. •